Meilleux ré-voeux-lutions !

  • Temps de lecture :7 mins read

Je souhaite à vous toutes et tous qui lirez ce texte une excellente année 2026. Puisse-t-elle vous apportez ce que vous désirez, puisse-t-elle vous faire vivre le plus juste, le plus doux, le plus humain de ce qui peut nous être donné, de ce que l’on peut soi-même créer en cette vie.

Si chaque nouvelle année est une occasion — traditionnelle — d’adresser ses vœux à autrui, elle est également un moment opportun et non moins traditionnel pour les résolutions — qui sont en réalité des vœux qu’on se formule à soi-même. Ceux-ci nécessitent néanmoins une ou des actions de notre part ; ou bien encore des non-actions ; mais en tout cas, des choix, des positionnements. Je me suis prêté à cet exercice en ce début d’année, et je partage ici avec vous l’une de ces résolutions, qui touche à la fois pour moi aux champs personnel et professionnel. Il s’agit de ne pas utiliser ce qu’on nomme « intelligence artificielle générative » (ci-après IAG) dans mes productions écrites (qu’elles soient des créations de mon propre chef ou des commandes qui me sont faites par des clients dans mon métier de prête-plume). Je tiens à dire d’emblée que par ce choix je ne cherche ni à ouvrir un débat sur le sujet fort actuel de l’usage de cette technologie (certes, ce qui suit est notamment le fruit de ma réflexion alimentée notamment par de tels débats) ni à émettre un jugement envers celles et ceux qui pensent et agissent différemment. Je souhaite uniquement exprimer ma résolution, expliciter et affirmer ma posture parce qu’elle me semble juste pour moi. Bien entendu, si celle-ci vous parle, fait écho à la vôtre ou à vos propres envies, j’en suis ravi. Notamment parce que ce texte n’est pas dépourvu — écrire pour autrui étant mon métier — d’une visée commerciale, d’un enjeu professionnel pour moi (bien qu’il aille largement au-delà et concerne aussi mes écrits personnels).

Il est évident que l’IAG fait chaque jour des avancées phénoménales. En témoigne, sans contredit, la capacité donnée par ses outils à qui le souhaite — directement ou par le truchement d’un pourvoyeur de services qui sait l’utiliser à son optimum — de produire un récit sur la base d’éléments et d’instructions. Ainsi, il n’est désormais plus impossible de faire réaliser (je ne dis pas « écrire », volontairement) un récit — une autobiographie par exemple, en se servant de l’IAG. La démarche, témoignent certaines personnes, donne des résultats impressionnants, ou à tout le moins valables, ce qui a pour conséquence potentielle le remplacement partiel ou total du métier d’écrivain-biographe par la « machine », pour la raison évidente qu’une partie des gens désireux d’écrire un tel récit préfèreront le faire réaliser à moindre coût et plus rapidement en passant par l’IAG. C’est tout à fait compréhensible. Quant à moi, je pourrais dès aujourd’hui décider de m’emparer des outils de l’IAG pour les mettre au service de mon activité. C’est, arguent certains, ce qu’il est intelligent de faire, puisqu’on ne peut pas aller contre l’IAG, parce qu’elle est un fait qui va durer et se globaliser. Certains de mes pairs ont d’ailleurs pris ce parti : non pas tout faire avec l’IAG, mais apprendre à l’utiliser, doser l’usage qu’ils et elles en font tout en conservant une part de leur liberté d’agir, ou plutôt d’écrire.

Ce n’est pas le choix que je fais : je décide, pour ma part, de ne pas l’utiliser du tout, et ce pour la raison principale que je suis incapable de préjuger positivement de ma capacité… à conserver mes propres capacités à écrire (et partant, à penser). Écrire étant ce que j’aime faire, ce à quoi je prends du plaisir, là où — et ce que — je crée, ce que j’apporte au monde (dans mon travail, notamment). Et parce que je ne souhaite pas faire un travail qui n’a pas de sens pour moi ou ne m’apporte pas de satisfaction, je ne souhaite pas me démunir des compétences et appétences qui guident ce travail. Tout simplement, si je n’étais plus acteur agissant du processus de réflexion, création, correction, reformulation, etc., qui est mon quotidien professionnel, je n’y verrais plus d’intérêt. Il me resterait alors à changer de métier… Pour faire quoi ? C’est une bonne question… Que ferai-je, que ferons-nous lorsque l’IA fera tout ou presque à notre place ? J’aime faire et ne saurais m’accommoder d’un monde où je n’ai « plus rien à faire ». Par le « faire », j’entends créer, rencontrer, développer ma curiosité, apprendre, reprendre, recommencer, me tromper, y arriver… Je pense que l’IAG est susceptible de rendre caducs tous ces aspects jusqu’à lors constitutifs de notre humanité. Et j’en tire la conséquence suivante : parce que je veux rester humain, je n’utilise pas l’IA. Je suis prêt pour cela à être plus lent, plus imparfait, moins performant, en retard, etc. Je ne rentre pas ici dans la théorie — qui me semble plus que vraisemblable — que par ailleurs l’IAG ne se révèlera (rapidement) ni émancipatrice ni porteuse de progrès sociétaux en matière de démocratie et d’égalité. Elle continuera ce qu’elle a déjà commencé à être, sans bruit et avec des feintes habiles qui lui donnent l’apparence du mouton blanc, l’outil de quelques-uns pour asservir tous les autres. Je m’arrête là, car je souhaite revenir à ce que moi, je souhaite faire et vous proposer si vous faites appel à moi comme prête-plume.

Faire appel à un écrivain-biographe qui n’utilise pas l’IAG présente un tableau que certaines personnes peuvent trouver avantageux, et d’autre désavantageux. C’est là une question de point de vue, de vision éthique des choses — et peut-être le fruit d’une réflexion déjà établie sur le sujet.

Me mandater pour être votre biographe, c’est donner l’espace et le temps nécessaires à une véritable rencontre humaine, qui se construit au fil des mois au travers des entretiens présentiels que nous aurons, durant lesquels vous me raconterez, et moi j’écouterai. Le face-à-face physique permet que s’expriment à la fois l’esprit, le corps et les émotions. Il permet, avec le temps long, son corollaire, de faire travailler la mémoire et de mûrir, développer ses souvenirs, en faire saillir de nouveaux à l’aune de ceux qu’on a évoqués deux semaines plus tôt, justement parce qu’un temps a passé, justement parce que je vous ai interrogé·e sur tel point que m’a suggéré tel autre. Et le moi qui vous interroge est autant esprit que corps et émotions. Il est un moi humain, imparfait et unique. Avec les enregistrements vocaux de nos entretiens, avec mes notes et avec mes souvenirs sensibles de nos rencontres, j’écrirai, puis je vous ferai lire, puis je réécrirai, ajusterai en fonction de vos retours. Faire écrire votre autobiographie (ou la biographie d’un de vos proches au travers de votre témoignage, de vos témoignages collectifs) ou tout autre type de récit (autofiction, long discours, essai, etc.) par un écrivain-biographe, ce n’est pas uniquement donner lieu à un résultat — un livre, objet tangible et sensible —, c’est aussi un processus, long, un chemin que vous menez pour faire advenir votre récit, votre pensée, chemin sur lequel je vous accompagne. Choisir de faire appel à un humain plutôt qu’à une IAG, c’est préférer le chemin au résultat… tout en aboutissant à un résultat — votre livre. C’est préférer le temps « long », la relation humaine, la création humaine, l’empathie à l’immédiateté, à l’absence de relation, à l’artificiel, à la froide mécanique désincarnée. C’est vouloir ne pas disparaître en tant qu’humain·e, que personne, qu’individu au sein d’une, de communautés de sœurs et de frères humains dont on souhaite qu’elles et ils demeurent humain·e·s également.

 

N.B. : Ce texte n’a pas été écrit avec l’IA, mais avec mes doigts, ma sincérité, mon élan humain.